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6 Finition
L’estompage. Certains pigments laissent des traces poudreuses qui n’ont pas été complètement absorbées dans les fibres. Comme le pastel à sec, une fixation est nécessaire afin d’éviter de tâcher le reste de l’œuvre. Ceci est sans doute possible, mais je préfère personnellement la technique de l’estompage qui « adoucit » et « veloute » l’image en couchant les fibres du papier. En frottant une feuille de papier absorbant, on effectue ce travail tout en préservant l’intégralité de l’œuvre. Le surlignage. Pendant les phases précédentes, le trait du dessin a été malmené, même s’il a été réalisé au stylo bille indélébile. Il peut même avoir disparu par endroit. Cela pourra être satisfaisant pour la sensibilité de certains « lavistes ». Pour ma part, je tiens à la netteté du résultat final et cette dernière opération coïncide avec un des secrets du dessin dynamique qui constitue le caractère fondamental de ma démarche. Cette opération consiste à « redessiner » le plus rapidement possible le motif à l’aide de stylos à encre de chine, bien noire, bien dense, et à agrémenter le contexte du motif avec des éléments d’habillage, dont certains suivront l’orée des tâches colorées. Ceci donnera la consistance globale et accentuera la réalité de la perception du sujet. Et voilà notre travail achevé. Il est important de le contempler avec attention pour s’assurer de sa parfaite finition. Alors nous pouvons sans honte apposer une signature affirmée qui conclura la satisfaction du travail bien accompli.
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| Les jus sont répandus à plat sur la feuille. | Application des autres jus, les uns après les autres. | Accentuation de la coloration de certaines parties. | Finition : estompage et surlignage. |
Pourquoi le lavis ?
Le choix du papier
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La dépose du jus coloré sur le support papier est une opération délicate. En effet, de l’imprégnation dépend les effets de fond. Un excès, et les risques de pourrissement et de détérioration sont réels. Un défaut, et les effets de mélange sont perdus. Sans compter la déformation irréversible du papier mouillé insuffisamment texturé et la non-imprégnation regrettable d’un papier non-absorbant ou hydrophobe. La technique du lavis « mouille » inexorablement. C’est la base recherchée. Il faut absolument pouvoir récupérer intact le papier largement mouillé. La patience et l’expérience feront orienter le choix vers le type de papier qui paraît le plus adapté au toucher de cette technique. Pour ma part, ce toucher n’est pas vraiment délicat ! Ainsi en va la nécessité du rendu dynamique par un geste, lui-même, …. dynamique. Il arrive parfois, qu’à la limite de la brutalité de la dépose, un papier sur-imbibé se déchire sans vergogne réduisant à néant un travail presque achevé, surtout si j’utilise à cet instant, une brosse à poils durs. Je n’ai pas trouvé le support correspondant dans les gammes de papier industriel. Certes, tout bon dessinateur industriel « à l’ancienne » vous dira que le papier calque permet la réalisation de lavis, mais il n’est pas vraiment adapté au dessin artistique pour de multiples raisons. Les aquarellistes seront horrifiés par ces propos, eux qui utilisent avec dextérité et talent des papiers spécifiques de grande qualité. Eh bien, je les mets au défi de travailler ces papiers avec des jus colorés successifs et abondants. C’est pourquoi, j’ai commencé avec les papiers chinois, adaptés, me semblait-il, à recevoir des grandes quantités d’eau sans déformation. Là encore, le désenchantement fut au rendez-vous, car les papiers disponibles dans le commerce ont un grammage beaucoup trop léger pour supporter un lavage quasi excessif. Certes, au cours de voyages en Asie, j’ai cherché ce papier miraculeux dès que l’occasion se présentait. Je suis tombé par hasard sur une des plus vieilles fabriques chinoises, dans les montagnes de Taiwan, près du lac du soleil et de la lune… berceau du papier artisanal à base de fibres végétales : bambous, pailles de riz et autres plantes exotiques. Les produits proposés offraient la double capacité recherchée, à savoir, l’absorption lente permettant de la maîtriser, et la tenue, permettant d’éviter la déformation irréversible et autorisant la récupération de l’intégrité du support après séchage, quelle que soit le degré de mouillage. C’était gagné !…. enfin presque. En bon commerçant, les fabricants voulaient me faire acheter des quantités qui auraient suffi à plusieurs vies consacrées au dessin d’art. |
Choix des pigments
Nous voilà devant un support vierge apte à recevoir les jus colorés…. que nous devons préparer. A notre disposition, nous avons notre base de pigments que l’industrie humaine, depuis la nuit des Temps, met à la disposition de l’artiste : pâtes, poudres, encres, dés, bâtons …. Toutes formes sont, a-priori, bonnes, à condition de supporter la solution aqueuse. Nous écarterons donc d’office les produits insolubles. Pour un coloriste, c’est un véritable bonheur de considérer la vaste gamme des possibilités offertes ; et un étonnement perpétuel d’admirer la large palette des couleurs proposées. Chaque région du monde offre des choix inégalés. C’est une quête du voyageur impénitent que je suis, de rapporter de mes déplacements le pigment inédit, parfois, d’une insoupçonnable différence, qui échappe encore à ma collection. Il s’agit plus d’une satisfaction intérieure que d’une réelle efficacité différentielle visible sur le produit fini. Mais la satisfaction, n’est-ce pas … Nous préparerons donc dans des petits flacons remplis d’eau, les jus colorés obtenus par dissolution de poudres, encres, pâtes en différentes concentration. Il ne faut pas oublier que le rendu final sera une teinte décalée de celle visible au travers de la paroi transparente du flacon : des essais préalables fixeront les idées. Pour suivre le mouvement général et apaiser ma conscience, je teste également les jus naturels : café, thé, framboise, mûre, betterave et autre carotte … avec parcimonie et bon escient, car j’ignore tout du comportement de ces couleurs dans le temps. Même en ayant subi un passage à ébullition sensé les fixer, je ne suis pas sûr qu’elles ne se dégraderont pas ni ne moisiront pas en contact avec la texture végétale du papier. L’artiste n’est-il pas un pionnier téméraire ? Je sais, par contre, que le thé vieilli (puer tea), dont le jus est brun assez sombre, passé sur des couleurs sèches, produit un effet de densification remarquable et fait ressortir des nuances profondes. |
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En conclusion, nous dirons que tout produit colorant soluble dans l’eau est utilisable en lavis. Libre court à l’imagination, à l’expérimentation, à la recherche … quel merveilleux champ d’application pour un artiste hyper-créatif !
Choix des outils
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Nous avons le support et les jus, prêts à travailler avec application ! « Application » est à présent le mot exact, puisqu’il nous faut étaler les jus sur le support. Comment faire ? C’est la quantité de jus qui importe plus que la qualité et la précision. On peut tout de même contrôler l’épaisseur d’une flaque à l’aide de papier absorbant. Néanmoins, il est nécessaire de pouvoir localiser la zone d’épandage afin d’obtenir une coloration proche de celle souhaitée. La diffusion du colorant dans les fibres du papier dépend de la quantité de jus déposée ; il est difficile de maîtriser son expansion. D’ailleurs, la technique du lavis n’est pas vraiment adaptée à la précision de coloration de zones. Les meilleurs pinceaux qui correspondent à cette démarche sont ceux utilisés par les calligraphes chinois. De taille variable, ils contiennent une réserve importante de liquide dans leurs poils, sans baver, sans se vider. Parfois, il est utile de pouvoir « orienter » les flaques dans une direction voulue, ou éviter une trop forte imprégnation lorsqu’un simple marquage suffit. Une brosse à poils durs, brosse à dents par exemple est adaptée à cet usage. Enfin, pour écrire, tracer, tirer des traits, le porte-plume classique ou le rotring de dessinateur sera de bonne efficacité. La correction pouvant se faire par l’intermédiaire d’un outil de grattage : lame de rasoir ou cutter. Le reformage de l’aspect de la feuille se faisant avec une gomme dure ou l’ongle du pouce. En conclusion, l’outillage pour épandre les colorants est adapté à la manipulation de produits liquides sur un support semi-absorbant. Peintre - Dessinateur - Artiste |
































